Les personnes à qui on a diagnostiqué une maladie cœliaque  savent qu’il va leur falloir apporter des changements significatifs à leur alimentation, mais ils ne savent pas forcément pourquoi.

La maladie cœliaque déclenche une véritable guerre dans votre organisme

La maladie cœliaque est une maladie auto-immune. Les maladies auto-immunes proviennent d’une réponse immunitaire inappropriée du corps envers  certains organes, qui sont alors assimilés à des corps étrangers. Le malade fabrique des anticorps contre ses propres tissus ou constituants « sains ».

Oui, c’est vraiment inapproprié que ce système immunitaire, qui est supposé nous protéger du monde extérieur, soit actuellement en train de considérer,  par erreur, une partie de notre corps comme hostile et attaque ainsi des tissus sains.

Dans des conditions normales, le système immunitaire est sensé nous protéger contre des antigènes comme les toxines, bactéries, virus, cellules cancéreuses etc. Lorsque ces antigènes arrivent au contact de notre corps, celui-ci, au travers de son système immunitaire équipé pour le défendre, mène la guerre contre ces antigènes et défend son territoire.

Chez les personnes avec une maladie auto-immune, le système immunitaire fait une confusion entre les antigènes et ce qui fait partie de notre propre organisme, prenant ces tissus sains pour des menaces et les détruisant.  C’est un tragique problème d’erreur d’identité !

Donc, lorsque les personnes avec une maladie cœliaque consomment de la nourriture contenant du gluten, leur système immunitaire,  qui est programmé pour les confondre avec une menace, réagit en endommageant  les tissus de la paroi de l’intestin grêle (les villosités). C’est pour cela que c’est inapproprié. Le système immunitaire croit qu’il fait « du bon travail » en nous maintenant en sécurité, mais en fait il détruit la paroi de l’intestin.

Les petites villosités qui tapissent la paroi de l’intestin sont les victimes de l’attaque. Normalement, ces villosités absorbent les nutriments provenant de notre nourriture. Mais avec le temps, ces villosités qui ressemblent à de longs doigts sont détruites au point qu’elles deviennent des bouts tout plats.

La destruction des villosités intestinales ressemble à ceci :

Pensez-vous que ces bouts tout plats peuvent absorber correctement les nutriments et les « bonnes choses » ? Et vous protéger des menaces venant de l’extérieur ?

Parce qu’il s’avère que vous avez un tube à l’intérieur de votre corps

C’est vrai…depuis la bouche jusqu’à l’anus, nous les humains, avons un long tube que notre corps considère comme étant « l’extérieur ». Et lorsque nous absorbons des aliments, ceux-ci traversent notre corps dans ce tube qui est donc à l’extérieur, et nous absorbons tous les bons nutriments et laissons les mauvais et les déchets naviguer jusqu’à la sortie à l’autre bout.

L’intestin joue en fait un rôle critique dans la protection de notre corps de l’environnement extérieur. Il fonctionne de manière similaire à notre peau, mais à l’intérieur du corps. Lorsque les aliments se décomposent lors du processus de la digestion dans l’intestin, les villosités de la barrière intestinale vont absorber les bons nutriments au travers des cellules et également empêcher des aliments non digérés, toxines et autres mauvaises choses d’entrer à l’intérieur de notre corps. C’est comme notre peau qui nous protège de l’environnement extérieur.

Le processus d’absorption est supposé ressembler à ceci :

Mais la maladie cœliaque n’est pas une circonstance normale. Et le gluten est la raison principale pour laquelle, dans cette maladie, les choses commencent à basculer.

Qu’est-ce qui ne va pas avec le gluten ?

Les plantes sont bien plus diaboliques que l’on peut l’imaginer. Saviez-vous qu’elles portaient des armes de destruction massive ?

Je suis sérieuse, les plantes sont concernées par leur survie autant que nous. Elles ne veulent pas mourir, c’est pourquoi elles ont des mécanismes de défense qui les protègent, comme des composés chimiques toxiques qui devraient dissuader tout être vivant de les manger.

Pratiquement toutes les céréales contiennent des « prolamines » toxiques, qui sont des protéines qui sont extrêmement difficiles à digérer par les humains. L’intestin humain n’est pas équipé pour décomposer les prolamines en morceaux suffisamment petits qui lui permettraient d’absorber ses nutriments. Ces prolamines toxiques fournissent à la plante une protection mécanique en vue de leur survie (car elles ne peuvent pas prendre leurs jambes à leur cou, elles).

Le blé contient la protéine gluten, qui héberge une des pires prolamines appelée gliadine. Les chercheurs ont trouvé que plusieurs composants du gluten sont problématiques, mais la gliadine possède les effets toxiques les plus puissants sur la barrière intestinale et endommage sévèrement la paroi de l’intestin, même chez les personnes exemptes de  maladie cœliaque. Les effets toxiques empirent de façon exponentielle chez les personnes qui ont une sensibilité génétique au gluten et à la maladie cœliaque.

Examinons de plus près comment la gliadine pousse le corps à se déclarer la guerre…

La Gliadine provoque l’inflammation de l’intestin

Comme je l’ai dit plus haut, les protéines du gluten sont vraiment difficiles à digérer pour les humains (ainsi que pour beaucoup d’autres animaux). C’est la prédisposition génétique à la maladie cœliaque qui fabrique les conditions nécessaires à cette guerre dans votre intestin. Disons que vous mangez votre pain préféré pour le petit déjeuner et qu’il voyage au travers de votre estomac. Votre estomac va réduire la taille et la structure des aliments, ceux-ci transformés en chyme vont  être envoyés dans l’intestin grêle afin qu’il les réduise encore plus et en extraie les nutriments.

S’agissant des protéines du gluten (comme la gliadine), elles ont besoin d’être décomposées par l’organisme avant de pouvoir être utilisées, ce qui est difficile pour les humains. Comme ces particules de gliadine rebondissent dans l’intestin grêle, elles commencent à provoquer des dommages car elles sont toxiques.

Le simple fait qu’il y ait des particules de gliadine non digérées provoque la libération d’interleukine 8, déclenchant ainsi le début de l’inflammation de l’intestin. Ce sont les premiers coups tirés dans cette guerre menée contre les tissus de l’intestin.

L’interleukine 8 active la partie Th1 du système immunitaire (qu’on appelle également le système immunitaire naturel) et c’est sa première ligne de défense. Rappelons-nous que le système immunitaire s’est développé pour protéger l’hôte contre les agents pathogènes et autres substances étrangères. Il fournit une attaque immédiate «  de première réponse » contre les antigènes envahisseurs en stimulant une inflammation.

C’est comme si l’organisme envoyait les fantassins engager la bataille et établir un périmètre de sécurité contre l’ennemi. Ce processus de bataille commence à endommager les cellules de la paroi de l’intestin grêle (entérocytes)

Mais c’est ce qui de produit ensuite qui est le plus important..

La gliadine se faufile à travers la barrière intestinale

En plus de provoquer une inflammation de l’intestin, la gliadine se fraye un chemin au travers des lignes de défense et se glisse derrière les lignes ennemies. Souvenez-vous que l’intestin est tapissé de cellules qui laissent passer les bonne substances et empêchent les mauvaises d’entrer. Dans la maladie cœliaque, il se produit une brèche majeure dans ce système de défense lorsque la gliadine commence à trouver un chemin au travers la paroi.

Imaginez la paroi de votre intestin comme un mur en maillage, avec des portes spéciales qui laissent le passage si vous avez le bon code secret pour les ouvrir. Les bons nutriments et d’autres particules plus petites peuvent glisser au travers des mailles sans problème. Mais des protéines plus grosses et non digérées comme la gliadine ( et d’autres mauvais éléments) ne peuvent pas du tout passer au travers du mur.

Les portes de ce mur en maillage s’appellent les jonctions serrées, et c’est un passage entre les cellules de l’intestin (entérocytes). Les jonctions serrées sont contrôlées par un processus de signalisation visant à  maintenir un équilibre protecteur intact. Les chercheurs ont identifié une protéine appelée zonuline chez les humains. La zonuline est l’un de ces signaux qui contrôlent l’ouverture et la fermeture des jonctions serrées et elle est majoritairement responsable de la prévention de l’absorption  des antigènes.

Comment la gliadine et la zonuline interagissent-elles ?

Il s’avère que la gliadine est programmée avec un code secret qui provoque l’augmentation des niveaux de zonuline chez les personnes génétiquement prédisposées à la maladie cœliaque.  Au fur et à mesure que  les niveaux de zonuline s’élèvent, les jonctions serrées protégeant l’intégrité de la paroi de l’intestin grêle commencent à dysfonctionner, s’ouvrant de plus en plus, et perdant ainsi la fonction de barrière de protection de la paroi intestinale. Maintenant la paroi de l’intestin commence à permettre à de grosses particules de pénétrer dans l’organisme alors qu’elles ne sont pas supposées pouvoir.

Et la gliadine peut tracer son chemin directement au travers de cette paroi..

Et voici à quoi ressemble la surface de l’intestin grêle :

Lorsque quelqu’un qui a une maladie cœliaque mange du gluten, la gliadine, non seulement déclenche l’inflammation intestinale, mais possède le code secret qui amène la zonuline à ouvrir les parois de l’intestin, permettant à des fragments de gluten non digérés de suinter au travers des portes et de commencer à s’infiltrer dans l’organisme. À ce moment, la gliadine commence à s’accumuler sous la paroi de l’intestin, rassemblant ses forces derrière les lignes ennemies.

La Gliadine provoque la porosité intestinale

Souvenez-vous que le système immunitaire a déjà essayé d’empêcher la gliadine de passer  la paroi intestinale avec un processus initial inflammatoire. Maintenant la gliadine s’accumule sous la surface de la paroi intestinale, amenant les entérocytes à libérer l’IL-15 (l’interleukine 15), déclenchant, empirant l’inflammation dans la paroi intestinale.

La libération de l’interleukine 15 pourrait être comparée aux « forces spéciales » envoyant les lymphocytes intraépithéliaux (LIE) sur le champ de bataille. Ces lymphocytes puissants commencent à endommager les cellules des entérocytes au travers d’un degré d’inflammation en augmentation et la guerre s’aggrave.

Les lymphocytes intraépithéliaux participent à l’immunité adaptative. Ils pourraient favoriser l’éradication spécifique des agents pathogènes et mettre en place une mémoire immunitaire prévenant les réinfections

Mais ce n’est pas tout..

Les lymphocytes intra-épithéliaux ne peuvent pas faire face à l’accumulation de gliadine derrière les lignes ennemies et le processus inflammatoire continue à empirer. Le système immunitaire envoie ses meilleurs combattants avec des armes encore plus puissantes (médiateurs anti inflammatoires) comme le TNF et l’IFN qui contribuent encore plus à la destruction des entérocytes.

(Le TNF est  une protéine synthétisée par certaines cellules du système immunitaire qui entraine l’inflammation de certaines cellules. Les TNF sont parfois synthétisés de façon anormale par l’organisme, notamment dans certaines pathologies inflammatoires de l’organisme comme c’est le cas ici.  L’interféron (IFN) est également une protéine fabriquée par les cellules de l’organisme et qui stimule les défenses immunitaires.)

Plus ces cellules sont endommagées, plus grave est l’imperméabilité intestinale et peu à peu vous vous retrouvez avec un véritable syndrome de l’intestin poreux

Maintenant la gliadine (et tout un tas d’autres  composants) peuvent passer librement à travers la paroi intestinale et faire ce qui leur plait..

Le processus ressemble à quelque chose comme cela :

L’intestin poreux provoque une auto-immunité

Jusqu’à présent le système immunitaire a combattu la gliadine avec la partie Th1 du système immunitaire ou « les armes naturelles du système immunitaire ». Au fur et à mesure que la gliadine s’accumule derrière la paroi de l’intestin, elle va commencer à se croiser avec une enzyme appelée tTG (anti-transglutaminase tissulaire)  qui est secrétée afin de réparer les cellules entérocytes. Ce croisement déclenche une cascade de réactions croisées Th2 qui mène une  guerre tous azimuts aux cellules entérocytes.

La présence du nouveau composé gliadine/ anti-transglutaminase tissulaire dans l’organisme amène le Th2 (ou « système immunitaire adaptatif »), qu’on pourrait appeler « l’arme fatale », à chercher, trouver et détruire l’ennemi.

Le système immunitaire adaptatif est une réponse immunitaire puissante qui a la capacité de coordonner beaucoup plus d’attaques mettant en jeu des anticorps.  Les anticorps peuvent reconnaitre et se souvenir des pathogènes spécifiques afin de monter  des attaques plus fortes chaque fois qu’ils en rencontrent.

La maladie cœliaque prend la forme d’une véritable maladie auto immune une fois que l’intestin devient poreux. Plus l’intestin fuit, plus le composant croisé gliadine / anti-transglutaminase tissulaire augmente, et plus la réaction croisée auto immune se renforce. L’auto immunité apparait lorsque « l’arme fatale » gliadine/ anti-transglutaminase tissulaire attaque par erreur les cellules enterocytes, où l‘anti-transglutaminase tissulaire est produite.

Donc, en quelques mots :

  • les « soldats fantassins » essayent de chasser la gliadine hors des parois de l’intestin en employant l’inflammation,
  • la « force spéciale d’élite » combat la gliadine dans la paroi de l’intestin avec de l’inflammation
  • et les « armes fatales » sous la forme d’anticorps cherchent à se débarrasser de la gliadine / anti-transglutaminase avec de l’inflammation

Les trois processus mènent, chacun à leur manière,  à la destruction des cellules entérocytes qui tapissent la paroi de l’intestin. Avec le temps, ces attaques finissent par détruire complètement les microvillosités de la paroi intestinale, comme une ville en guerre saccagée.

Le processus complet laisse ces villosités qui ressemblent à des doigts complètement plates.

Schématiquement, le gluten provoque la maladie cœliaque de cette façon :

Votre corps est en feu

La maladie cœliaque devient un cercle vicieux,  lorsqu’on continue à consommer du gluten, l’intestin reste poreux et la gliadine enflamme le corps.

Et le pire ?

Le système immunitaire est en alerte rouge, cela peut faire qu’une maladie cœliaque non traitée peut mener  au déclenchement d’encore plus de maladies auto-immunes.

Donc on a mis le doigt sur le gluten, ou plus spécifiquement la gliadine. On pourrait penser qu’un régime strictement sans gluten pourrait stopper entièrement le processus et briser le cycle de l’auto immunité. Mais n’y a que 40 % des personnes présentant une maladie cœliaque qui guérissent complètement avec un régime sans gluten.

Manger sans gluten ne suffit pas, se débarrasser du seul gluten n’éteint pas le feu. Il faut parfois aller plus loin et supprimer d’autres aliments.

 

 

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